Elektroblaster: Noël est tombé un 10 décembre

C’est officiel, L’Elektroblaster de samedi a tenu absolument toutes ses promesses. Même en me réveillant dimanche dans l’immense midi de la mélancolie, une partie de moi s’obstinait à rester dans les étoiles aux côtés des quatre têtes d’affiche, les images de l’Elektroblaster étaient encore imprimées si clairement dans mon cerveau que j’hésitais entre persistance rétinienne et palinopsie ; et dieu que c’était bon !

En empruntant aux Quatre Sans Cou de Robert Desnos, on dira qu’ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête, quatre à qui l’on avait coupé le cou, on les appelait les quatre sans cou. Quand ils jouaient c’était différent, quand ils aimaient c’était du sang. Leurs mains avaient des lignes sans nombre qui se perdaient parmi les ombres comme des rails dans la forêt. On leur avait rapporté leur tête plus de vingt fois, plus de cent fois, les ayant retrouvés à la chasse ou dans les fêtes, mais jamais ils ne voulurent reprendre ces têtes où brillaient leurs yeux, où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

Donc en gros, Agaric a eu la tâche assez délicate d’ouvrir le bal dans une salle qui n’était pas encore totalement transportée. Son set était court, il nous disait avant de mixer qu’il ne savait pas vraiment quoi jouer mais il a mené la danse en maitre du genre. Catz’N Dogz, en parfaits guides de haute montagne, ont pris le relais avec un live qui n’a pas arrêté de nous faire gravir des sommets. Et quand c’est venu au tour de Fabrizio Maurizi de jouer au liftier, plus personne ne répondait de rien, tout le monde venait d’être propulsé dans une autre dimension, et quand la musique s’est arrêtée brusquement à 5h, personne ne voulait la quitter. Tout le monde a gueulé, Fabrizio le premier. La musique aurait vraiment pu durer pour toujours.

Le soundsystem Funktion One était loin d’être innocent dans l’affaire, autant que le show visuel qui a donné une allure totalement inédite au Cabaret. D’ailleurs on n’était même plus vraiment au Cabaret mais plutôt dans l’antre duveteuse d’une techno démoniaque.

Agaric :

LNM: Pourrais-tu te présenter en quelques mots pour toutes les personnes qui ne te connaissent pas ?

A: Je suis un musicien suédois qui a commencé à s’intéresser à la hard techno dans les années 90/2000. J’ai vraiment commencé il y a 12 ans, quand j’avais 19 ans, avant je jouais dans un groupe de musique psychédélique. J’ai créé le label We Are en 2005 qui est très orienté techno. Et sinon j’ai déménagé en Allemagne il y a 5 ans.

Justement, tu es décrit partout comme un vétéran de la techno alors que tu ne ressembles pas du tout à l’idée que je me fais d’un vétéran. 

En fait j’ai longtemps eu l’impression d’être toujours plus jeune que tout le monde et brusquement le lendemain j’étais devenu plus vieux. Je crois que c’est un truc qui a à voir avec la trentaine.

Cette question de l’âge a eu de l’influence sur tes productions ?

Oui, j’ai pris conscience que le plus important n’est pas vraiment de produire beaucoup, mais plus de produire mieux. Et puis maintenant je me tourne vers d’autres choses, je me suis trouvé un studio digne de ce nom. Je n’étais pas entré en studio depuis 3-4 mois parce que je tournais beaucoup. Maintenant j’ai envie d’essayer de nouveaux projets avec des instruments acoustiques, et puis j’expérimente de nouvelles façons de produire, par exemple si je ne trouve pas le bon son j’essaye de l’enregistrer directement avec ma voix et je colle quelques effets dessus.

Est-ce qu’il y a un morceau que tu écoutes en boucle en ce moment ?

(Réflexion) Elle est dure celle-là, tu veux pas me la reposer à la fin ?

Que fais-tu pour le réveillon ?

Je mix à Berlin le 29, le 31 à Kassel puis je remix à Berlin le 2 je crois. La fête du réveillon dure 3 jours à Berlin en fait.

Ta boite préférée ?

Le Berghain à Berlin.

Si tu devais écrire ton épitaphe ? 

J’écrirais « No one cares ». Mais j’ajouterais quand même un smiley à la fin.

Bon et sinon le morceau ?

T’as qu’à m’envoyer un mail, j’y arrive pas là.

Catz’N Dogz :

LNM: On vous laisse vous présenter.

C’N D: On vient de Pologne, on est les représentants de la scène électronique polonaise ou plutôt ses ambassadeurs.

Qu’est-ce qui fait selon vous la spécificité et cette sorte de cloisonnement de la scène polonaise ?

C’est lié au contexte économique, politique et géographique. Tout ça fait que la scène électronique est très récente en Pologne, en fait le pays a découvert la house music à la fin des années 90s avec les Daft Punk.

Dans ces conditions, qu’est-ce qui vous a amené à faire de la musique électronique ?

On n’a pas eu de vraie éducation musicale, c’est surtout en sortant, en s’échangeant de la musique. En fait, c’est venu en fumant des joints et en passant des disques.

De quelle façon votre musique évolue-t-elle ? Qu’est-ce qui vous influence ?

On n’est pas vraiment les genres de gars à aller dans la forêt pour chercher l’inspiration ou de nouvelles sonorités. Disons que c’est plus le contexte dans lequel on est plongé qui fait ce que nous produisons. Ce sont nos expériences de vie, nos voyages quasi hebdomadaires depuis cinq ans. On fait ce qu’on ressent en fait.

Il y a un morceau que vous écoutez beaucoup en ce moment ?

En ce moment on écoute à peu près tout de Holy Other et de It’s Everything.

Votre boite préférée ?

Le Panorama Bar à Berlin.

Que faites-vous pour le réveillon ?

Le 29 on mix à Tokyo, le 31 on dort.

Si vous deviez écrire votre épitaphe ?

(Rires) Ça serait quelque chose à propos du respect. Peace, respect et je sais pas.

On a vraiment l’air de mecs de Woodstock (rires).

Fabrizio Maurizi :

LNM: On te laisse te présenter.

FM: C’est pas facile ça. En gros j’adore la musique depuis mon enfance, à 13 ans je commençais à mixer sur des platines Technics. J’ai toujours adoré la vieille techno des années 90s et tout ce qui vient de Detroit ou Chicago. J’ai été Dj pendant 5 ans, ensuite j’ai arrêté puis j’y suis revenu.

Ok, et est-ce que tu penses qu’avoir étudié la musique change quelque chose à tes productions ?

C’est vrai que j’ai beaucoup étudié le piano, j’ai beaucoup travaillé, surtout le solfège, mais je ne sais pas si finalement ça change grand chose. La Techno c’est plus une logique de déconstruction de la musique. Disons que ça aide sans doute, mais c’est le processus inverse. Ça a surtout son importance avec l’évolution des tendances, le retour au disco et aux instruments par exemple.

Ya un type que tu n’arrives pas à arrêter d’écouter en ce moment ?

Ouais, Avatism est très bon. Il est vraiment au top. En fait il y a une scène tech house/minimale vraiment très prometteuse en Italie avec énormément de jeunes qui vont énormément faire parler d’eux.

Ta boite préférée ?

En fait j’en ai trois : je mix au moins une fois tous les 3-4 mois à la Fabric à Londres, j’adore l’endroit. Sinon le Robert Johnson à Francfort et le Rex à Paris.

Si tu devais écrire ton épitaphe ?

J’écrirais juste Merci. Merci pour tout, pour la vie, pour tout.


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